Le vestiaire
Publié le : 25 février 2026

#Gay #PleasureDom #Masturbation

— Dépêche-toi, le nouveau…
Paul me poussa doucement dans la pièce, balayant nos arrières d’un regard circonspect. Les Balances n’étaient jamais très loin, et se faire prendre aurait signé notre arrêt de mort. Un risque qui n’empêchait pas le petit groupe que je m’apprêtais à rejoindre de continuer à se réunir régulièrement, en cachette.
Dans le vestiaire, deux autres jeunes hommes étaient déjà présents. L’un, blond et plutôt trapu, prenait sa douche en nous tournant le dos. L’autre, grand et mince, les cheveux d’un brun profond et d’un bouclé volumineux, était assis sur un banc. Déjà nu. Me voyant débarquer, il se fendit d’un grand sourire amical, que je lui rendis timidement.
J’étais partagée entre appréhension et… excitation. Malgré le risque de ce que j’étais en train de faire, j’arrivais à peine à réaliser : un de mes fantasmes était visiblement sur le point de se concrétiser.
Ici et là, j’avais entendu cette rumeur, ou plutôt ce mythe, de groupes de jeunes pourtant hétéros qui se réunissaient de temps en temps pour s’adonner au plaisir entre copains. Dans mon imaginaire, cela se déroulait dans le secret de chez les uns ou chez les autres. Pas dans les vestiaires du campus…
— Salut mon gars ! Alors ça y est, t’as eu le courage de venir ?
Le blond sortait de la douche, nu sans pudeur, séchant seulement son visage et ses cheveux dégoulinants. Le son de ma brève réponse fut couvert par le bruit du gros verrou que Paul venait de fermer sur la porte derrière moi. Si cela n’empêchait pas d’être dénoncés et attrapés à la sortie, cela évitait au moins de se faire surprendre sur le vif.

Le vestiaire n’était pas grand, seuls deux bancs longeaient un des murs, celui d’en face étant occupé par les douches. Pas de fenêtres, bien heureusement. Je ne pus alors que m’asseoir à côté du grand aux cheveux bouclés, dont la main soupesait et malaxait d’un air distrait ses bourses offertes par ses jambes écartées. Son air absolument détendu me laissait penser qu’il n’en était pas à sa première réunion. Ces trois là semblaient avoir l’habitude.
—Pourquoi si peu ?, osais-je demander à Paul, assis à ma gauche.
—Ça dépend des fois. Parfois on est un peu plus. Mais rarement plus de six. C’est vrai qu’avec la milice, le risque est plus présent qu’avant, alors beaucoup se dégonflent.
Me calquant sur Paul, j’entrepris de me déshabiller. Aujourd’hui plus à l’aise dans ce corps, mes gestes étaient moins maladroits, mon attitude plus masculine. Me penchant pour retirer mon pantalon, j’essayais de ne pas laisser glisser mon regard vers mon voisin, qui commençait déjà à badigeonner sa verge de lubrifiant.
— Si ça te dit, tu peux m’aider mon gars, me dit-il simplement. Ça peut t’aider à te mettre dans le bon mood, si tu vois ce que je veux dire !
Je me laissais le temps de plier mes vêtements pour mettre de l’ordre dans ce qui était probablement mes dernières pensées cohérentes. Le risque d’être démasquée était assez faible, le sort fonctionnait sans faiblir depuis plusieurs jours, et rien dans l’activité du moment ne m’était étranger, à part la configuration de groupe. Je pouvais donc m’autoriser à profiter du moment, sans vigilance excessive.
Cependant, je ne devais pas perdre pour autant ma lucidité, pour éviter que le naturel ne revienne au galop. Aller droit au but, comme l’aurait fait —je suppose— un jeune hétéro avec des copains. Réprimer mes habitudes de regards langoureux, mes gémissements expressifs… De ce que j’en savais, la société n’avait pas suffisamment évolué pour que les hommes se sentent en droit d’agir autrement que comme des blocs monolithiques privés d’émotions et de sensualité. L’exception était ce qui confirmait encore la règle.

Sans autre forme de manière, j’attrapais le membre court mais épais de mon voisin. Il garda une main sur ses testicules, pour compléter mon geste, et se laissa tout à fait aller contre le mur, les yeux fermés et le sourire niais.
J’observais, à la fois fascinée et émerveillée, cette main large et poilue qui était étrangement la mienne faire des va-et-vient sur ce sexe inconnu. Les sons gutturaux étouffés qui commençaient à monter du côté de Paul et de son acolyte blond finirent par me faire tout à fait réagir. Enfin, ma toute première érection, que je sentais gonfler entre mes cuisses serrées.
Sans cesser de branler ce grand brun qui m’était encore étranger quelques minutes plus tôt, je fis tomber quelques gouttes de lubrifiant sur ma propre queue. La perspective de me prendre en main et de ressentir, enfin, un plaisir typiquement masculin m’excitait au plus haut point. Le souffle court d’anticipation, je la saisis à sa base et remontais lentement jusqu’au gland…
Déception et frustration se mélangèrent alors brutalement en moi. J’avais beau m’astiquer, rien, aucune sensation. Le sort de transformation avait donc bien ses limites dans le réalisme du résultat…
Ma première main avait-elle ralenti le rythme de ses va-et-vient humides ? Quoi qu’il en soit, mon voisin dut sentir mon malaise, car il rouvrit les yeux et me lança, d’un air amusé :
— Bah alors gamin, c’est le trac qui te chagrine ?
Se redressant, il regarda à son tour mon sexe qui commençait à faire triste mine, sous le coup du dépit.
—Moi j’aime bien commencer par là, me dit-il en posant sa paume de main encore chaude de ses bourses sur les miennes.
La sensation me surprit tellement que je le lâchais, renversant ma tête vers l’arrière, les yeux écarquillés et le souffle coupé. Ma réaction l’encouragea à continuer. Luttant pour ne pas gémir de manière trop aiguë, mon cerveau peinait à essayer de comprendre. Je pouvais donc ressentir du plaisir, mais uniquement s’il m’était procuré par une autre main que la mienne…
—Merci…, réussis-je à articuler malgré les vagues de sensations que cette toute première masturbation me procurait.
Sa poigne se raffermit sur mon sexe. J’eus le sentiment que la dynamique de pouvoir qui venait de s’enclencher en un clin d’œil avait allumé un brasier en lui. Avec une voix plus rauque, plus autoritaire, il se pencha vers moi :
— Merci… qui ?
— Merci… Ser… Sergent…, bégayais-je, d’une voix suppliante.
Pour rien au monde j’aurais voulu que cet homme cesse de m’offrir ce plaisir qu’il m’était interdit de me procurer par moi-même…

Texte par : Emmanuelle