
Ce soir, le club est rempli. Les discussions sont feutrées, et la musique couvre confortablement le son des quelques éclats de rire de clients venus passer une jolie soirée avec leurs amis.
La peau humide et luisante, le souffle court et les lèvres entrouvertes, mes yeux sont fermés pour mieux laisser ceux de la salle se poser sur mon corps.
Comme à chaque fois que je danse dans ce club, mes sens sont connectés plus que jamais à mon environnement. L’odeur du velours des sièges. La soie de ma robe caressant ma peau. Mes longs cheveux balayant mon dos nu. La tiédeur de l’air, invitant à se découvrir. Et ces notes, ces notes de musique, qui me mettent presque en transe.
Soudain, un sifflement bref traverse la salle, me faisant ouvrir les yeux pour dévoiler un regard joueur et carnassier. Sans attendre la fin de la musique, je descends du podium et, slalomant langoureusement entre les fauteuils dans lesquels sont assises des âmes que je ressens chasseresses à mon égard, je me dirige d’un pas ondulant vers l’origine de cet appel : Ses lèvres.
À peine arrivée à Son niveau, Son bras musclé s’enroule possessivement autour de ma taille, m’attirant sur Ses genoux. Mon regard brûlant se plante dans le Sien. D’autres y verraient un air de défi, Lui sait y voir ma question muette à Son égard : « qu’attendez-Vous de moi, Monsieur ? »
Sa réponse ne vint pas tout de suite, me laissant dans un état de réceptivité et de disponibilité. Son rythme est le mien, et pour l’instant, Ses yeux décident de glisser vers ma bouche, de suivre avec lenteur la courbe de mon cou jusqu’à la pointe de mes seins, que l’on devine à travers le tissu léger qui m’habille, puis de revenir se planter dans les miens pour me rappeler sans un mot à qui tout cela appartient. Mon sourire s’élargit, et je fis onduler mon bassin pour venir subtilement à la rencontre de Son solide désir, que je sentais contre ma fesse à travers le tissu de son pantalon.
Un acquiescement de ma part.
Se reculant dans Son fauteuil, Il me quitte brièvement du regard pour me désigner l’un des hommes qui L’accompagnent.
Malgré mon air absent lorsque je danse sur le podium, je sais pertinemment quels sont ceux qui me regardent le plus ardemment. Et celui-là ne m’avait pas lâché des yeux.
Une claque sur mes fesses de Sa part, et je sais que j’ai l’autorisation de me lever.
La chatte a le droit de commencer à jouer avec sa souris…
***
Prenant mon temps, je m’approche de cet homme jusqu’à buter contre ses genoux fermés. Délicatement, j’insère l’une de mes jambes entre les siennes, pour les lui faire ouvrir. D’une pression appuyée, je lui fais comprendre que cet espace entre ses cuisses est maintenant mien.
Alors que je me penche vers l’avant, cambrée pour le plus grand plaisir de mon Propriétaire et du reste de ses amis, je sens sa tentation à laisser, lui aussi, glisser son regard vers la pointe tendue de mes seins, comme Monsieur avant lui. Mais rapidement, mes mains viennent se poser sur son torse, pour le repousser avec douceur contre le dossier du canapé. Mon genou commence alors à glisser le long de l’intérieur de sa jambe, frôle innocemment le volume qui commence à se gonfler sous la couture de son pantalon, pour finir par enjamber sa cuisse. Ainsi à cheval sur lui, je vois son regard se voiler imperceptiblement. Je sais l’image qui vient de le traverser : celle du contact affleurant entre le tissu de ma lingerie et celui de son pantalon.
J’ai toujours aimé la douceur des chemises que peuvent porter certains hommes. Mes mains aiment s’y balader, s’attarder sur le troisième bouton, avant d’ouvrir le deuxième si celui-ci cache à ma vue un torse dont je convoite le relief ferme. Et enfin, venir goûter de mes doigts le grain de leur peau à découvert. Dans un ultime sursaut de conscience, l’homme détourne la tête pour venir interroger Monsieur du regard. A-t-il eu le temps d’obtenir une confirmation de Sa part, avant que je n’empoigne doucement sa mâchoire pour récupérer son attention ? Mon corps commence alors à se couler contre le sien, tandis que mes lèvres se rapprochent dangereusement des siennes. Je sais que, à ce niveau de proximité, la muqueuse fine de sa bouche entrouverte ressent chacune de mes respirations. Un râle mal contenu me confirme la délicieuse souffrance du désir qu’il retient.
Dans un frôlement de mes lèvres qui manque de faire basculer sa raison, je me redresse. Mes mains quittent son corps pour revenir sur le mien, lui donnant ainsi enfin l’autorisation d’y poser les yeux. Beaucoup d’hommes pensent que le corps d’une danseuse se soumet à leur regard. En réalité, c’est elle qui soumet leur regard à son corps. Ses yeux intenses et ses mains caressantes sont tour à tour des invitations à suivre un chemin qu’elle définit elle-même, ou la règle qui viendra leur taper sur les doigts s’ils s’en écartent.
Faisant négligemment glisser ma bretelle, son regard est attrapé par la courbe de mon épaule. Remontant mes cheveux en chignon éphémère, c’est vers la nudité de mon cou qu’il est attiré. Caressant enfin mes lèvres de mes doigts paresseux, c’est vers ma bouche que je fais terminer sa course.
Je sens la difficulté qu’il a à laisser ses mains sagement posées sur le canapé. Oh, qu’il aimerait me soulever par la taille, agripper de ses doigts la chair de mes hanches… Mais ils le savent tous : certaines choses n’appartiennent qu’à Lui.
Miséricordieuse, je me lève, rétablissant assez de distance entre lui et moi pour qu’il reprenne son souffle… sans pour autant laisser à son regard la liberté d’aller vagabonder sur mon corps : lentement, mon pied vient se loger délicatement tout contre son entre-jambe. Il ne peut alors s’empêcher de venir savourer la vision de la proximité de mes talons hauts. Mes doigts remontent dans une caresse le long de ma cuisse, jusqu’à venir, d’un geste fluide, souligner la courbe de ma cambrure, dont la profondeur lui avait échappé jusqu’à présent. N’aurait-il pas été dommage de ne pas lui montrer ce fessier, avant que celui-ci ne vienne s’installer sur cet entre-jambe que ma chaussure caressante venait tout juste de quitter ?
Ainsi assise dos à lui, son regard léchant la peau de ma nuque que je viens de dégager, ma deuxième bretelle tombe. Le haut de ma robe ne tient que par mes poignets pudiquement croisés sur ma poitrine. Mes yeux viennent alors se planter sans hésiter dans ceux de mon Propriétaire, qui ne m’avaient pas lâchée un seul instant. C’est pour lui que le col de ma robe tombera en premier…
