Premier impact
Publié le : 15 octobre 2025

Rien dans la devanture ne laissait entendre que la boutique était ouverte. À vrai dire, Karah doutait même d’être au bon endroit. La vitrine montrait des cartons entassés, et quelques t-shirts noirs sur un portant blanc. Regardant plus attentivement à travers la vitre, une faible lumière rouge semblait cependant provenir du fond de la pièce. Elle posa le bout de ses doigts sur la porte en métal noir, et se décida à pousser.
Le battant s’ouvrit souplement.
Elle entra, hésitante.

À sa gauche, un comptoir qui semblait servir de zone de caisse était noyé sous des piles de ce qui se révélait être des corsets qui venaient tout juste d’être reçus et déballés.
À sa droite, le portant aux t-shirts s’étendait en réalité jusqu’au fond de la pièce, chargé de vêtements en latex rouges et noirs, suspendus si serrés qu’ils formaient un ensemble continu luisant.
Si le latex avait été une de ses matières fetish, Karah aurait adoré farfouiller dans toutes ces tenues pour y trouver une pièce à son goût. Mais elle n’y promena qu’un regard rapide, avant de s’avancer vers la porte ouverte au fond de cette première partie de boutique.
La musique rock couvrait confortablement le son de ses Dr. Martens sur le carrelage sombre. S’étonnant de ne croiser personne, elle ne savait pas dire si le magasin lui semblait avoir ouvert depuis peu ou s’il était en réalité en voie de fermer. La décoration était sommaire, mais les étagères fournies.

La vaste pièce dans laquelle elle déboucha lui confirma qu’elle était bien au bon endroit. Longeant le mur d’un pas lent, elle s’émerveilla de la diversité d’objets d’impact ou de restriction qui ornaient les rayons.
Karah laissa ses doigts frôler la texture lisse des colliers de soumission, joua avec les lanières plus ou moins rigides des martinets suspendus, et alors qu’elle trouvait l’origine de cette chaleureuse odeur de cuir au niveau des épaisses menottes de différentes couleurs, elle entendit une voix calme et engageante l’interpeller :
— Si je peux vous renseigner, n’hésitez pas.

Se retournant vivement, elle découvrit un homme au visage carré, dont la douce géométrie était accentuée par sa coiffure parfaitement structurée. Propre sur lui, habillé simplement, il était légèrement plus grand et plus âgé qu’elle. Karah hésita imperceptiblement. Que lui répondre ?
Le regard ouvert et doux du vendeur lui donna envie de vérité. De ne pas s’encombrer de faux semblant, de réponses évasives, de métaphores pudiques.
— J’aimerais découvrir les jeux d’impact, mais je n’ai aucune idée de comment choisir un martinet. Est-ce qu’il serait possible de m’expliquer ce qu’il faut savoir pour ça ?, lui répondit-elle alors, un peu gauchement.

Elle crut palper le passage d’une lassitude fugace dans l’esprit de son interlocuteur. Sûrement que, depuis la grande mode du BDSM mainstream, les curieux et curieuses idéalistes devaient affluer de plus en plus souvent dans ce type de boutiques. Mais son professionnalisme reprit très rapidement le dessus, et elle le sentit revenir dans sa posture de vendeur. Une posture qui laissait transparaître en filigrane un passé dans l’univers du luxe.
— Oui bien sûr. Vous seriez donneuse ou receveuse ?, demanda-t-il, le corps en équilibre stable entre ses deux jambes, les mains jointes contre lui.
— Receveuse.

Là encore, Karah cru entrapercevoir une brèche s’ouvrir dans ses pensées, une fenêtre vers l’homme derrière le commercial. Elle aurait presque pu saisir au vol le sentiment de décalage qui le traversa en un éclair, décalage entre cette réponse et la femme qu’il avait en face de lui, au port de tête haut et au regard chaud et intense planté sans ciller dans le sien. Comme si, au premier abord, il aurait plutôt misé sur l’inverse.

Comme il ne répondit pas tout de suite, Karah se sentit obligée de préciser sa demande :
— Je n’arrive pas à savoir comment choisir entre les différentes tailles ou matières de lanières. J’imagine que le ressenti n’est pas le même en fonction ?
— Oui c’est ce que j’allais vous demander, dit-il avec un sourire poli. Que voulez-vous ressentir ?
— Je ne suis pas vraiment portée sur la douleur. J’ai envie de ressentir l’impact, mais pas forcément dans une recherche de douleur, dit-elle, un peu hésitante. Je ne sais pas si ma réponse fait sens…

Karah se sentit un peu bête. Les jeux d’impact n’étaient-ils pas associés au masochisme ? Sa demande n’équivalait-elle pas à demander à se baigner sans vouloir être mouillée ?

— Si si, tout à fait, répondit-il en se tournant vers les rangées de martinets accrochés au mur. En fait, il faut regarder en premier lieu le nombre de brins. Moins il y en a, plus la force sera concentrée en une zone compacte, et donc plus la sensation sera précise et vive. Au contraire, plus il y en a, plus la force est répartie et donc le ressenti est davantage celui de “poids” plutôt que de “morsure”. Vous pouvez essayer la différence, sur la paume de votre main. Ou bien je peux le faire pour vous, j’ai l’habitude.

Karah sonda en une fraction de seconde le regard de l’homme, l’inclinaison de son ton de voix et les potentiels subtils changements dans sa posture corporelle à l’annonce de cette proposition. Rien. Pas la moindre trace de sous-entendu déplacé, pas la moindre trace de brèche dans sa posture professionnelle. Ce genre de choses paraissait réellement habituelles, normales, dans ce milieu, dans ce contexte. Elle n’arrivait pas à mettre le doigt sur le sentiment que cela créa chez elle, mais ce sentiment était agréable, apaisant.

— Ça ne me dérange pas que vous me le fassiez. Je ne sais pas vraiment manier ce genre d’objets…
Il sourit avec sympathie.
— Faites-le quand même vous-même dans un premier temps, c’est important de se rendre compte et de pouvoir calibrer par soi-même pour commencer.
Il lui tendit un premier martinet, noir, aux très nombreux brins souples et relativement courts.
Tendant sa paume gauche devant elle, Karah y fit s’abattre la masse de lanières, en essayant de ne pas trop hésiter. Elle redressa la tête avec un grand sourire.
— Ah oui ! La sensation est vraiment sympa. En effet ce n’est pas réellement douloureux, mais le poids crée tout de même une chouette sensation d’impact !
Cet enthousiasme simple et spontané sembla le contaminer immédiatement. Un sourire plus sincère fendit le visage du vendeur.
— Tout à fait… Essayez avec celui-là, qui a moins de brins, pour sentir la différence.
Elle tendit à nouveau sa paume. Cette fois, ce furent des lanières rouges qui s’y abattirent.
— Ouh ! Oui… La sensation est plus… je ne sais pas comment dire… piquante ?
— C’est ça. Un martinet souple à nombreux brins est beaucoup plus permissif sur les erreurs de calibrage de force ou de visée. Avec moins de brins, chaque coup porte plus intensément, parfois plus qu’on ne l’aurait voulu.
— Je vois. C’est donc le mieux pour s’initier aux jeux d’impact si je comprends bien.
Il acquiessa, et Karah repris le fil de ses questions :
— La longueur et la matière des brins, ça joue aussi un rôle ?
— Une fois la peau un peu habituée, beaucoup de personnes vont avoir envie de passer sur des sensations un peu plus intenses. Avec des lanières moins souples par exemple, ou plus longues. Avec ce type de martinet, il n’y a pas besoin d’y aller fort pour que l’impact soit important.
Il décrocha un modèle au cuir plus rigide et plus long.
— Je vous montre sur l’avant-bras ?
Karah s’empressa de tendre son bras devant elle, curieuse.
— Je le mets comment ?
Elle se surprit à poser la question sans aucune gêne. Il y a quelques minutes encore, elle n’aurait jamais imaginé se sentir aussi à l’aise dans ce contexte, avec cet inconnu, sur un sujet aussi personnel.
— Plutôt dans l’autre sens, face intérieure vers le haut, répondit-il, avant de poursuivre ses explications : — Pour avoir une meilleure reproductibilité du geste, ce qui marche bien c’est d’accompagner avec la deuxième main. En faisant coulisser la masse de lanières dans sa main libre, ça vient créer un axe de direction assez précis. Enfin moi c’est ce que je fais, après chacun développe ses propres préférences dans sa technique.

Il accompagna son explication d’une démonstration du geste au ralenti, abattant les lanières sur un coin de mur. Toujours exactement au même endroit.
— On entend au son que le “fouet” est plus intense, en effet !
Karah était vraiment intéressée, et le vendeur semblait prendre plaisir à répondre à ses questions novices mais sincères.
— Vous voyez ? Pas besoin de forcer. Aucun grand mouvement de bras. Mon poignet seul suffit pour créer un mouvement assez ample pour que l’impact soit intéressant.
Il se positionna perpendiculairement à elle.
— Vous me dites si ça devient trop, d’accord ?
Karah acquiesça, et d’un geste fluide et doux du poignet, il fit s’abattre les lanières sur l’intérieur de son avant bras. Un son sec claqua dans l’air.
— Hum, en effet la sensation est bien plus “piquante”. C’est surprenant, mais pas désagréable.
— Selon le type de sensation recherchée, les instruments utilisés vont beaucoup varier. Si on souhaite des sensations très localisées, on peut se tourner plutôt vers ce type d’objet…
Il sortit d’un bac une longue tige fine, noire, relativement souple. Karah ouvrir de grands yeux, auxquels il répondit immédiatement :
— Avec ça le but n’est pas du tout de frapper avec des grands gestes, tout au contraire. Ici on va plutôt tapoter doucement, mais toujours au même endroit, et c’est la répétition qui va créer la sensation. Au début ça n’a l’air de rien, mais petit à petit la douleur s’installe. Vous voulez essayer ?
Karah sourit largement et tendit de nouveau son avant bras.
Concentré sur le point d’impact, le vendeur fixait sa peau avec attention.
— Hum, ah oui, là j’aime moins… parce que ça vient créer une sensation de douleur justement. On s’éloigne de la sensation d’impact, et on est davantage dans la douleur pure. C’est moins ce que je recherche, mais c’est intéressant de voir la variété de sensation qu’on peut créer !
— Oui, et on peut aussi aller dans des sensations beaucoup plus douces.
Il reprit le martinet souple du départ.
— Par exemple, celui-là peut servir à préparer la peau avant de passer à des sensations plus intenses. Donc même les personnes recherchant plus de “morsure” vont trouver leur compte avec ça, intégré dans leur session de jeu.
Il haussa un sourcil amical en direction de l’avant-bras de Karah, qu’elle tendit de nouveau devant elle.
Faisant tourner son poignet à un rythme régulier, les lanières venaient, tour après tour, stimuler en douceur la peau et l’afflux sanguin à sa surface. Pas de douleur, mais une simple activation des nerfs sensitifs dans cette zone-là.
Au bout d’une dizaine d’impacts doux, il s’arrêta, et commença à promener les lanières à la verticale de la peau légèrement rosie, l’effleurant à peine.
— Et on peut aussi aller chercher dans la caresse, lui dit-il le plus simplement du monde.
Karah gloussa joyeusement.
— C’est agréable ! Et encore plus sur la peau qui a été réveillée en amont.
— Eh oui ! Souvent le BDSM est vu comme quelque chose de sexuel, pratiqué par des gens bizarres dans des caves sombres, dans la violence et le cuir. Mais en réalité, on est très loin de cette image réductrice. Le BDSM peut tout à fait se pratiquer sans douleur, et même sans sexualité !
Il sourit.
— Beaucoup de gens pratiquent le BDSM sans le savoir. Vous aimez donner des petites fessées de temps en temps ? Bienvenue au club ! Vous aimez attacher de manière ludique votre partenaire avec une cravate ou des liens en soie ? Bienvenue au club aussi ! Le BDSM a mauvaise presse, mais c’est bien plus pratiqué que ce que les gens le pensent ou ne veulent l’admettre.
— Personnellement ce n’est pas l’image que j’en ai, aussi parce que je me renseigne beaucoup. Mais oui, je vois bien les à priori forts qui collent à la peau de cet acronyme…

Elle effleura du doigt un martinet aux fines lanières de plastique.
— Celui-là, je ne vais pas vous le faire essayer, dit-il en riant.
— Hum non, il a l’air de vraiment faire mal !
— Et pas non plus les câbles métalliques !
Ce fut au tour de Karah de rire franchement. Il y en avait décidément pour tout type de sensations, de sensibilité…
Le vendeur finit par attraper un petit martinet, aux lanières plus courtes que le premier, mais plus rigides et moins nombreuses.
— On peut aussi avoir ça. Celui-ci est piquant, mais très maniable. Vous voulez tester ?
Karah apprécia instantanément le format miniature de ce martinet. Elle l’imagina très bien prendre place dans une poche de pantalon… Sa légèreté et son faible encombrement en faisait un compagnon de jeu discret et portatif.
À présent plus confiante, elle abattit avec plus de conviction les lanières sur l’intérieur de son avant bras.
SLAP.
— Oh ! Ca pique mais… j’aime beaucoup !, répondit-elle dans un grand sourire surpris. Il me paraît très complémentaire du tout premier
— Hehe ! En réalité tout est complémentaire avec tout, les martinet plus doux peuvent servir de base de préparation, certains instruments vont servir à griffer, d’autres à cingler, d’autres à caresser, et dans des intensités très variées… L’éventail de sensations est quasiment infini, et c’est ça qui est intéressant !
— Je crois que je vais me laisser séduire par le tout premier, le souple, mais aussi par celui-là…
— Je vois bien qu’il a su vous charmer en effet !
Karah le trouvait parfait pour quelque chose de punitif, tout en restant dans le type de sensations qu’elle recherchait. Une excitation joueuse bondit dans sa poitrine quand elle s’imagina la sensation que ça devait faire, sur ses fesses dénudées, cambrées par un ordre autoritaire.
— Et euh… désolée, je pose plein de questions mais…
— Non non, au contraire allez-y, c’est important de poser toutes vos questions.
— Merci du temps que vous prenez en tout cas…
— Vous voulez boire ?
— Oh euh… J’ai ma gour… enfin… Oui, je veux bien.
Il se dirigea vers le distributeur d’eau fraîche, lui remplit un gobelet qu’il lui tendit. Elle le prit délicatement, avec ses deux mains, dans un merci poli.
Son regard glissa sur un nouveau pan du mur, vers ce qui titillait sa curiosité : les cordes.
— Hum, et euh, pour le Shibari… Comment on choisit ses cordes ?
— Ah ! Là aussi, ça dépend. Pour des attaches simples au sol, des cordes en coton peuvent suffire. Mais pour la suspension, c’est forcément de la jute.
— Ah ? Pourquoi ?
Il lui fit signe de s’approcher, et tira sur une corde pour lui montrer le comportement de la matière sous la tension.
— La jute ne se déforme pas. Ce qui fait qu’on contrôle ce qu’on fait, et qu’avec le poids ou la force mise dans la conception des nœuds, la corde ne viendra pas contraindre le corps d’une manière inattendue et qui peut être dangereuse. Si le Shibari vous intéresse, je vous encourage fortement à aller vous former, au moins un ou deux stages d’initiation avec des professionnels qualifiés. C’est une pratique qui engage beaucoup plus que le corps : ça touche aussi au mental, au lâcher-prise. C’est super, mais ça demande un vrai cadre de confiance. Ils vous parleront des zones du corps à éviter, des impacts psychologiques qu’il faut prendre en compte… Par contre je vous conseille plutôt les stages en groupe, ou bien d’y aller avec un ou une partenaire, mais pas seule chez quelqu’un.
— Oula non… Je ne serais pas très à l’aise de faire ça.
— Je vous dis ça parce que c’est quelque chose qui se voit. C’est pas forcément mauvais, mais il faut bien choisir le ou la professionnelle chez qui on va se former, le ou la partenaire avec qui on pratique. Dans le Shibari, même s’il n’y a pas forcément de nudité ou de sexualité, cela n’empêche que la pratique en elle-même implique une proximité des corps et une certaine sensualité, un lâcher-prise qui demande de la vulnérabilité. C’est donc mieux de faire ça en groupe dans un cadre de formation, ou bien avec un partenaire de confiance avec qui vous vous sentez à l’aise d’avoir cette proximité tant physique qu’émotionnelle.
— Je vois…
Karah ne put s’empêcher de voir un visage connu s’afficher en arrière-plan de ses pensées.
— En tout cas merci de toutes vos réponses…
— Armand, répondant à sa question muette.
— Armand. Vous êtes la toute première personne avec qui je parle de tout ça, et c’est très agréable.
— Oh bah avec plaisir ! Ma parole n’est pas parole d’évangile, je vous encourage à tisser du lien avec d’autres personnes de ce milieu. En règle générale, les gens sont très heureux de partager ce qu’ils savent, leurs conseils, leurs retours d’expérience… Il faut poser vos questions. C’est un milieu dans lequel on peut vraiment être soi même, sans jugement, sans masque social. Cela dit, comme pour tout, il faut faire attention à soi, et se renseigner permet justement d’éviter des erreurs par méconnaissances. Plus vous allez en savoir, même en tant que soumise, plus vous serez capable de prendre soin de vous, de vos besoins, de votre sécurité, de détecter ce qui n’est pas sain et ce qui n’est pas fait d’une place de confiance et de bienveillance. Certaines personnes pensent que les soumises ont un rôle passif, mais c’est très loin d’être le cas.

Il fit une pause dans son discours passionné, le temps de scanner les articles à la caisse.
— Et surtout, donnez une place centrale à la communication. C’est là que tout se joue. La plus grande part de la beauté du BDSM se trouve dans cette phase de communication entre les partenaires : quelles sont vos attentes respectives, vos limites, vos zones de curiosités, votre état mental ou physique du jour…
Karah l’écoutait attentivement, le regard planté dans les yeux clairs du vendeur.
— C’est ce qui me parle le plus dans le monde du BDSM, avoua-t-elle. C’est ce cadre relationnel profondément explicité. Je trouve que c’est une clef très intéressante pour construire ou reconstruire la confiance en soi et en l’autre, pour se sentir en sécurité, et être dans une clarté constructive et apaisante. Je crois que je sature des relations “vanilles” qui fonctionnent sur l’implicite, sur le non-dit, sur le non-assumé. Et j’aime aussi la proximité émotionnelle et l’authenticité que les pratiques peuvent créer entre deux personnes.
Il hocha la tête, l’air entendu :
— Finalement, sans vouloir faire de politique, le BDSM encapsule beaucoup des revendications qui sont faites aujourd’hui dans la société : le respect mutuel, le consentement, l’empathie et l’écoute, la confiance, la tolérance, la prise de soin de soi et de l’autre, la possibilité d’être vraiment soi-même… De par le fonctionnement humain et de notre société, les dissymétries de pouvoir sont absolument partout, que ce soit dans les relations intimes mais aussi dans le monde du travail, dans la vie quotidienne… Mais ces dissymétries sont très rarement conscientes ni consenties, et peuvent être aussi bien légères que violentes. Le BDSM repose justement sur cette volonté de choisir en toute conscience dans quelles dissymétries on s’engage, et COMMENT. C’est une démarche qui redonne beaucoup de pouvoir personnel, et ce quelque soit la position ! Soumission comme domination.

Une heure et demie après y être entrée, Karah ressortie de la boutique avec le cœur léger. Il était rare pour elle de discuter avec des personnes aussi ouvertes, sans ambiguïté, sans jugement. Il y avait quelque chose qui lui semblait profondément beau et juste dans cet univers. Comme si elle pouvait toucher du doigt la sensation de se sentir simplement exister, à une place où elle se sentait parfaitement bien, sans aucun poids sur les épaules. Sans plus avoir à s’expliquer, à se justifier, à se modeler.
Elle glissa sa main dans son sac à main pour effleurer les lanières de ses martinets, discrètement empaquetés. Elle sourit, heureuse de ce sentiment d’anticipation du jour où elle aurait l’opportunité d’en sentir l’impact positif, aussi bien sur sa peau que dans son cœur.

Texte par : Emmanuelle